Partager l'article ! surface: Surface T’es où  ...
T’es où ? Tu ne sais pas. Le temps semble s’être arrêté. Où est-il, Tu ne sais pas. Il
n’y a rien. Tu sens tes membres, ils sont ankylosés, leurs extrémités fourmillent de mille piqûres d’aiguilles. Rien d’autre. Tu ne vois rien ? Ouvre dont les yeux ! Tes paupières se
soulèvent, mais il fait trop sombre, tout est noir, rien d’autre. Tu allonges le bras ; tu sens au bout de tes doigts le surface dure d’une planche de bois. Tu ressens, rien d’autre mais
c’est déjà quelque chose. Le bois est dur, il est marqué de stries verticales irrégulières qui forment de petites crevasses, de petits canyons qui semblent se former comme le réseau de veines qui
t’appartient. Tes ongles longs griffent la surface inégale et froide, il n’y a qu’elle en ce monde. Tu lèves une autre main, elle est plus engourdie que la première, elle sert l’autre
amicalement, la palpe, elle sent les ridules et creux, la matière dure et lisse comme celle molle et tiède. L’autre aussi le sait le comprend, chacune d’elle se serre et s’empoigne dans étreinte
sévère. Tu les aimes. Car elles sont là. Ta tête est posée sur du bois, tes épaules sont râpées par ce bois ton corps entier est comme dans une coquille de noix. Tes coudes s’écorchent d’un côté
ou de l’autre, il y a des planches de bois. Tu griffes la paroi, tu voudrais l’à pousser, tu essaies, des échardes se plantent dans tes doigts. Une main se pose, l’autre aussi, tu sens tes
jambes. L’une et l’autre sont comme endormies, tu les palpes, elles sont froides, tu comprends que tu as froid. Ton corps frémis, ta peau se couvre de chaire de poule, elle devient rugueuse au
touché comme le bois. Au prolongement de ces jambes qui te semblent interminables tes pieds sont posés eux aussi sur des planches. Soudain, tu te raidis, tes gestes presque désespérés se
retrouvent contraint, tu lèves la tête, l’obscurité est complète ! Il n’y a rien, rien d’autres, que du bois ! Tes membres deviennent moites. Tu sais pourtant que tu existes, les
sensations que te procure ton corps te le prouvent, tu sais que tu es là. As-tu seulement cette seule certitude ? N’as-tu pas autre chose ?
Aucun souvenir ? Aucune mémoire ? Qui es- tu donc ? Une peur effroyable te prends, une phobie sans nom couvre ton corps d’une sueur froide, enfiévrée, tu lèves les bras ils
touchent une nouvelle paroi, tes mains forment des poings. La claustrophobie s’empare peu à peu de ta conscience. Tes poings frappent alors le bois,
de plus en plus fort à mesure que la terreur envahie tes sens. Tu n’entends pas grand-chose ? Les coups sonnent lointain, sourds, anonymes, comme venus d’ailleurs. Puis redoubles de fureur, tes pieds tes pieds cognent, les sons enfin t’atteignent, ils s’éclaircissent peu à peu
pour enfin devenir totalement intelligibles. Brusquement, tu entends les grincements que provoque ton corps sur le bois, même le son presque
imperceptible de ton souffle qui sort et entre de tes poumons, ce souffle qui passe en sifflant à travers tes dents, tu prends davantage conscience de ton existence. Tu aspires avidement l’air en
l’expirant bruyamment, tu te calmes quelques secondes, sous l’effet d’une sorte d’allégresse. Mais cet air qui te ravissait est vicié, tu le trouves lourd et écoeurant. Tes yeux maintenant bien
éveillés laissent entrevoir une nouvelle forme d’obscurité. Celle totale d’il y a quelques instants fait place à une sombre alchimie de noirs et de gris, de formes disparates, des tâches plus ou
moins noires, pas vraiment claires, mais ayant plus l’aspect d’une nuit profonde que d’un puit obscur. La colère tout d’un coup animent tes traits,
tu portes un grand coup au-dessus de toi, tu sens alors quelques grains tomber sur ton cou, sur ton ventre, tu redoubles tes coups, de la terre s’écoule, quelques coups encore et la planche cède.
Ton corps se retrouvent totalement encerclé par la terre, le désespoir t’emplis, tu griffes la terre qui s’accumule,. Une fois débarrassés des
planches tes membres s’activent avec une force démoniaque, tu t’extrais, tu brasses avec une vigueur irréelle la terre comme le ferait le plongeur
dans l’eau. Soudain l’odeur de fer rouillé t’emplie la bouche, les odeurs t’assaillent, l’humus, les pierres, la terre bouchant ton nez, tu paniques à nouveau, mais l’odeur si mince d’une
possible surface arrives enfin à tes narines qui les aspirent avec avidité. C’est celle de l’herbe mouillée, des feuilles mortes accumulées, l’odeur
des divers bestiaux et petites bêtes à fourrures. Tu parviens à saisir de nouveau sens, celui de l’humidité qui court à la surface. Des sons si
différents te parviennent à tes oreilles, le trottinement d’un mulot, le frétillement des asticots si proches.
Puis la terre tout d’un coup se met à remuer, des ongles salis apparaissent, une main décharnée, un bras blanc hypnotique, un autre puis une poitrine nacrée et la silhouette adamantine,hébétée drapée dans un linceul, s’élève dans la fraîcheur du cimetière. Sa toge blanche pour tout apparat, la morte renaît à la lumière d’une lune pâle, sa bouche d’une pourpre exubérance entrouvre ses lèvres cramoisies, révélant la blancheur porcelaine de ses canines.
Les commentaires link
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||