sujet 3 inventions: L'extrait des
Gommes de Robbe-Grillet ce termine par: "quand tout est prêt, la lumière s'allume...". en veillant à respecter l'atmosphère installée par ce
début, vous imaginerez une suite consacrée à l'arrivée d'un nouveau personnage dans le café. vous vous inspirerez des procédés qui figurent dans le texte.
Quand tout est prêt, la lumière s'allume, entre en scène une silhouette fine, égarée, perdue, pas vraiment à sa place, décalée. Lentement, elle s'assoit, la chaise est froide, le cuir pommelé
crisse, elle pose sur la table, froide elle aussi, une main gantée, fine toujours et un sac de cuir noir, elle ne va pas avec, rien ne va, à son arrivée.
Voilà, déjà un petit coin de journée tourmenté. Le patron arrive, portant plateau rayé et torchon plié au travers de la manche, le deuxième personnage semble éteint, absent,criard. Il prend la
commande, s'agace,ce met en mouvement,vit. Elle n'a pas bougée, elle porte des vêtements démodés, son regard est caché par une voilette de dentelle noire, elle frissonne, elle a commandée un café
noir. Dehors, il fait encore froid, une bruine s'est posée, s'est collée au veston de l'inconnue. Le patron revient sur son plateau où s'élève une tasse d'où s'étend une fumée blanche, odorisante,
chaude. Sous cette tasse, une soucoupe de porcelaine blanche assortie, et dedans, deux carrés de chocolat noir et deux morceaux de sucre blanc enrobés de papier fin. Elle demande du sucre roux;
deuxième désordre. Il lisse ses cheveux, se trouve encore dérangé. Il repart, contourne le bar de faux marbre, le même que celui des tables ( du moins la couleur ), attrape sous les bouteilles une
barre de sucre roux ( elle l'a demandée). Il se cogne tout d'un coup, s'écorche le doigt à une étiquette. Ce doit être le troisième, le troisième désordre de la journée. Il ne compte plus, se
dépêche, s'active, donne le sucre à la dame et court au placard à pharmacie. Dans les cuisines, il n'y a personne c'est jour de repos. Froide, silencieuse, luxueuse mais déjà usée. Il s'est coupé,
une tache rouge sur le pavé blanc, il s'échine et se soigne. Elle n'a pas bougée. Si, elle a enlevée son vieux chapeau et la voilette, le rouge carmin de ses lèvres s'étire sur son visage blême.
Une goutte de café tombe, émet un petit claquement sec... Elle n'a pas vu, elle soulevait sa tasse puis regarde les nuages qui se reflétaient dans ses yeux pâles, puis le café a versé. Elle
s'élève, se met debout alors, horrifiée. Lui revient, la voit. Elle s'excuse, d'une voix blanche irréelle portée par les courants glacés de ce matin d'hiver. Elle chamboule alors, elle désorganise,
elle secoue ce petit monde mangé de poussières éternelles.
Le patron est confus, brouillé, il court chercher une serpillière, toujours dans la cuisine mais cette fois ci une autre porte du placard. Il se trompe, ouvre celle à pharmacie, se cogne la tête,
injurie le ciel et enfin courant encore apporte l'objet avec beaucoup plus de respect qu'il n'en faudrait. Il lave, fait des allez retours et apporte un nouveau café... Debout, elle est restée,
pantelante telle une herbe folle au milieu des pavés. Ses mains entrouvertes, sa gorge sèche, elle se met à pleurer songeant au deuil. Lui le voit, il prend son bras, l'amène s'asseoir. Il fait
toujours froid, son bras est chaud. Ses larmes coulent discrètement. Elle ne voit pas l'homme devant elle, son torchon mal plié, posé à coté du sac à main, sa main sur la sienne, il ne sait
rien.
Ce ne sont que les premières minutes, les premières d'une longue journée, aux mille catastrophes, petites tempêtes échevelées.
Elle paye alors, sort l'argent du sac pour deux cafés, il lui rend la monnaie, en prend pour un seul café. Elle sourit, un éclaircissement, le soleil entre dans la pièce. Il fait toujours froid
mais l'astre pâle illumine. Elle se lève, va au bar. Il la suit, a remis son torchon, a repris le plateau, déposé son contenu au fond de l'évier, l'a rejoint, s'est accroché à son
regard une poignée de seconde et puis il est revenu derrière le bar. Il a essuyé encore quelques verres. ils s'épient toujours. Elle sort un crayon, pose un carnet, elle dessine le bar, l'homme, le
patron, le soleil, les fleurs dans un vase. Lui sourit la journée tourmentée mais brillante, pas comme à l'accoutumée.
Elle voit alors le pansement, il est mal fait. Elle lui demande, si elle peut le refaire. Elle a posé son carton à dessin, et crayons et ses gommes, l'a suivit dans la cuisine, tout d'inox faite et
à bandée la coupure avec le charme d'un premier amour.
Ils se découvrent, s'épient, s'imaginent. De questions muettes en regards interrogatifs, elle lui prend le bras le sert un peu, puis s'en va...
L'atmosphère redevient poussiéreux, il s'en rend compte maintenant.
Il entend la clochette de la porte, elle est partie...
Deuxième coup de clochette, un homme entre, il porte des affaires sales, il travaille au chantier hydraulique, suivit d'un homme d'affaire, sûrement l'ingénieur. Ils n'ont rien remarqués, le
silence s'est posé, les fleurs, les tables toutes pareilles qu'à l'ordinaire. Mais Lui, le personnage a
changé, le personnage est éveillé... Ils n'ont
rien remarqué.
Il est déçu, pose un regard sur le bar, il s'approche, une ombre sur le faux marbre lisse, ou deux ombres, l'une derrière un cendrier, l'autre petite celle d'un crayon,...
Elle avait oubliée ses gommes...