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Le temps se pose, un battement de cœur ou d’aile de papillon. L’eau du robinet qui coule goutte à goutte. Le bourdonnement d’une mouche prisonnière des rideaux de dentelle blanche. Ces rideaux parcourus d’un dessin d’une scène naïve et fantasque d’une jeune bergère entourée de son troupeau. Sa silhouette rendue angélique par la lumière vive de cet après-midi. Le tic-tac altier de l’horloge, les soubresauts d’un organe agonisant.
Une main posée sur le drap blanc.
De la porte à l’évier, quelque pas nécessaire, de l’évier à la table, une petite enjambée, du lit à la table, un petit bond, du lit à la porte, à peine l’écart d’un bras tendu. Dans le profile de la table l’encadrement de la fenêtre. Une lumière vive et chaude, étouffante balaye l’ensemble. Le reflet de la fenêtre s’étale sur les portes: celles d’entrée et celles du placard, buttant contre ces dernières, mal fermées.
Une chaise renversée.
La mouche se libère, vole en zigzagant autour de l’ampoule nue. Dans un coin, ces mouvements sont dûment observés: Une araignée patiente. Un autre regard s’accroche à elle. Les pupilles suivent uns à uns ses déplacements: De haut en bas, de bas en haut, de gauche à droite, de droite à gauche. Puis elles se désintéressent des circonvolutions de l’insecte, elles se ferment comme fatiguées.
Un pied bouge, une couverture tombe.
Sa main frémit, son corps frissonne. Ses paupières grises maintenant closes sont humides. Puis sa tête se tourne vers sa gauche, sans quitter l’oreiller, il tend son bras pour prendre un cadre.
Dans ce cadre, un visage.
Un visage connu, familier.
Une larme s’émancipe d’un de ses yeux, le souvenir présent le rend plus faible encore qu’il ne l’ai déjà.
Dans l ‘évier, la vaisselle n’est pas faite, sur la table s’éparpillent des boites de toutes couleurs et formes. Des tubes brillants, des papiers imprimés pliés en six ou quatre. Des bouteilles en verre ou plastique aux bouchons divers: Du bec verseur au simple bouchon en fer vissé. Encore des boites, emplies de sachets peinturlurés. Des enveloppes boursoufflées de plastique et d’aluminium et des cachets ronds, blancs, roses ou même jaunes comme des bonbons, oblongues ou bicolores, cassables en deux ou quatre.
Dans un verre sali de poudre blanche, la trace d’une mixture malodorante. Sur le coté des tas de papiers tatoués d’un serpent vert hippocratique, rendus collant par des solutions médicamenteuses diverses.
Et puis une enveloppe…
Sur le sol, gît à coté de clichés radiologiques, une lettre. Faite d’un papier ordinaire d’imprimante ou s’aligne au recto des petites lettres noires assemblées en rang de fourmis. Des bataillons de mots aux sens inertes sont couchés comme des cadavres dans un cimetière. Des gisants grotesques en costume de savant dont les membres triturés tentent de parler un langage obsolète.
La lettre à demi pliée, pas tout à fait lu ou bien perçut égraine le diagnostique.
Sur le lit, enroulé dans son cocon couleur de lait cru et de sa chrysalide fleurie dans un vêtement de rayures, le corps sommeille dans la douleur et l’âme s’endort sans remord.
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