Attente...

 

 

Vous entrez là, votre tête est prise ailleurs, votre corps mécaniquement prend les décisions qui s'imposent. Premièrement s'asseoir, mais où? Vous faites le tour de la pièce, aucune place. Un soupir las s'échappe de vos lèvres. Vous restez debout les bras ballant. Vos jambes rechignes à rester en équilibre, elles semblent vouloir se dérober à chaque instant. Vous essayez de les calmer, changeant d'appui, vous équilibrant sur l'un ou l'autre pied. Puis vos pieds eux aussi protestent, une crampe fait tortiller vos orteils. Vous jetez un regard désespéré autour de vous. Rien, pas même un simple promontoire pour s'appuyer. Vous restez ainsi quelques secondes, mais les horribles démangeaisons provoquée par les fourmillements vous empêche de rester tranquille. Avec un petit effort de volonté, vous espérez trouver le calme. Mais c'est maintenant votre dos qui vous lance. Vous serrez les dents, rien n'est plus douloureux qu'un corps qui se révolte. Une nouvelle foie vos yeux font le tour de la pièce, une nouvelle foie vous sentez votre détresse vous envahir. Vous vous focalisez sur le ronflement de la climatisation. Vous semblez oublier où vous êtes un petit instant. Le souffle continu tout d'un coup menace de vous vriller le crâne. Vous changez d'écoute comme lorsque vous changez d'ondes sur une radio. Vous entendez d'abord les bruits désagréables, les cris d'un bébé dans les bras de sa mère. Vous sentez monter en vous une impatience grandissante, les gémissements d'un enfant plus âgé vous parvienne comme un bruit de casseroles. Vous voudriez vous boucher les oreilles, vous froncez les sourcils de mécontentement. Puis n'y tenant plus vous portez vos mains à vos oreilles. La batterie de cuivre qui sonne au fond de votre crâne ne s'arrête pas pour autant et vous êtes maintenant dévisagé par nombre de personne. Une migraine alors s'en prend à votre cerveau. Les regards intrigués vous mettent mal à l'aise, vous vous détournez d'eux et vous vous appuyez sur la chambranle de la porte. Les gens vous épies encore. Vous ressentez leur curiosité malsaine, leur avidité soudaine.

Une plante en plastique retiens votre attention, vous vous accrochez à elle, vous vous l'imaginez vivante réelle. Ses feuilles poussiéreuses et blanchies par le temps se mettent à s'illuminer de l'intérieur, du vert à l'eau de javel, elle passe à un vert tonique. Mais la plante ne permet pas une totale évasion et la réalité revient bien vite ternir l'illusion. Le temps a peut être passé, vos souffrances se sont mué en une sorte de léthargie, ou plutôt que le mal a gagné tout vos membres. Vous avez l'impression de n'être plus que la douleur elle-même. Les banalités que s'échangent les voisins, vous permettent de passer quelques secondes. Les propos incohérents d'une fillette de quatre ans en laissent passer d'autre. Les babillages du bébé qui en un instant est passé du hurlement intempestif au sommeil muet. Et de cette somnolence  comateuse au réveil gai, gazouillis enchanteurs qui marquent le visage de sa mère d'un sourire fier, vous transporte un petit moment dans un autre monde entre ennui, énervement, joie... mais dont le sens comble quelques minutes de plus. Puis de nouveau votre corps se remet à exister, votre raison perd  sa bataille, votre volonté défaille et les bienfaits de la léthargie s'estompe. C'est dans un cri silencieux de souffrance que vous entendez enfin la voix dire " Au Suivant"...

 L'espoir vous prend, si vous ne passez pas au moins vous aurait de quoi vous asseoir.

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